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Prologue

  Livre Premier

  Mon ame, curieuse de tout, même de désespérance,

  N'ira plus de ses voeux importuner le sort ;

  Prêtez-moi seulement, monts de mon enfance,

  Un asile d'un jour pour attendre la mort.

  *

  Prologue

  Elle arriva chez lui au c?ur de la nuit. Elle entra sans un mot, sans même troubler l’air, comme une ombre glissant à travers les pierres. Ses pas étaient feutrés, mais les mailles sur sa peau nue tintaient en un accompagnement tendre à ses gestes. C’est pourtant ce murmure métallique, si ténu qu’il semblait n’appartenir qu’au rêve, qui tira le prince du demi-sommeil qui le maintenait un pied dans la réalité de sa chambre. Il était comme dans des limbes insondables, silencieuses entre le fond et la surface d’une mer qui n'ondulent pas.

  Il ne bougea pas. Car il savait qu’elle viendrait : cette nuit, ou une autre. Elle s’approcha, posa les mains, puis son genou sur le bord du matelas souple. Sans hésitation elle passa son autre jambe par-dessus les hanches du prince, et plongea son regard dans le sien. Il l’observait à travers ses cils baissés, feignant de toujours dormir. Elle l’enssera plus fortement de ses cuisses, son souffle proche de ses oreilles sourdes. Ses lourds cheveux constellés de pierres luisantes effleuraient ses joues comme une pluie de perles dures et rafra?chies. Comme impatiente qu’il se réveille, elle se pencha délicatement pour caresser ses paupières, ses oreilles de ses lèvres. Ses seins tendus s’écrasaient contre la maille et le torse du prince en un tintement aigu.

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  Ils demeurèrent muets. Elle se redressa, rayonnante sous la clarté brumeuse de la lune. Il remua, mais d’une pression des deux mains, elle lui interdit de changer de position, impérieuse. Ses hanches se contractèrent en légers mouvements, avec une lenteur obstinée, comme une mer qui monte sans relache. Lui, haletant, répondit d’un souffle à peine audible, une supplique de lui parler, d’un mot prononcé de sa bouche.

  Mais elle ne parlait pas, elle se redressa de toute sa colonne, et secouait plus fort ses muscles qui roulait sur ceux du prince. Sa peau était froide et étonnamment lisse. Ses yeux, qu’il vit lorsqu’elle approcha son visage du sien pour presser ses lèvres sur son front, n’étaient pas humains. La pression sur son front était jalouse, et ne lachait jamais. Ce baiser n’avait rien d’un don : c’était un sceau, une marque qu’on imprime à la chair pour la posséder.

  Il le savait, elle n'avait rien d'une femme. C’était la couronne elle-même, venue la veille du jour, avant l’heure dite. Elle s’asseyait déjà sur lui, souveraine, inéluctable. Et lui, pantelant, osa sourire encore, car il savait que demain, devant tous, il lui faudrait prétendre qu’il l’avait choisie.

  *

  La veille de son couronnement, le prince Thüle ne dormit pas.

  On le vit errer dans les couloirs du palais comme une ombre, passant d’une galerie à l’autre, ses pas résonnant contre les dalles vides. Les serviteurs, muets, s’écartaient à son approche : nul n’ignorait que cette nuit appartenait aux étoiles, et à celui qui devait leur prêter l’oreille.

  Il monta jusqu’aux terrasses, là où l’air est plus clair et où le ciel se déploie sans obstacle. Le vent agitait ses vêtements, et ses cheveux pales, mais il demeura longtemps immobile, les yeux fixés aux constellations invisibles du matin. Il aimait ses terres d’un amour profond et vrai, mais se demandait tous les jours pourquoi est ce que les étoiles l’avaient choisi lui, pour transmettre et protéger ce pays.

  Ses parents avaient été de bons souverains, et de bons guides dotés d’une oreille subtile aux voix du ciel. Lui, n’avait pas la prétention d’y croire. Il parla d’une voix basse et cassée, comme s’il implorait une réponse. Mais le firmament resta muet, et le silence le broya. Les larmes montèrent, acides, et douloureuses comme une crainte viscérale. Il avait l’intuition trop forte qu’il n’aurait pas d? être là. Qu’il était une erreur dans un système nécessairement parfait.

  Alors il se redressa, orgueilleux, refusant d’admettre sa chute. Ses lèvres murmurèrent encore, mais ce n’était plus une prière : c’était une imitation, un théatre pour lui-même. Chaque nuit depuis des années, il rejouait cette comédie, persuadé qu’en répétant les mots, il finirait par croire qu’ils ne venaient pas de lui seul. Ses mensonges finiraient par imprégner son esprit de son venin, et il espérait qu’un jour, il y croirait autant que les autres croient en lui.

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