V
Le paysage défilait flou sous ses yeux. Ses mains moites étaient serrées sur ses genoux qui la piquaient. Tout son corps se secouait, tremblotait des heures durant, tandis que le soleil tournait dans le ciel. Elle plissa les yeux très fort, jusqu’à préférer voir des formes abstraites plut?t que son pays qui s’éloignait un peu plus.
Malgré tout, elle se sentait bien légère, et comme elle se prouvait qu’il restait encore quelque chose de ce monde qu’elle venait de quitter ? ce mélange de calme et de simplicité ? elle se disait que les hasards de la route lui offriraient en retour les premiers contours de la ville grouillante. Ce semblant de tristesse lui procurait plut?t un pincement étrange, comme à un enfant qui quitte ses parents pour gagner l’école la première fois. Qui voit encore, dans le balancement des branches et l’odeur des herbes écrasées, un dernier souffle de son jardin, lui rappelant que sa maison n'est pas encore tout à fait loin. Mais le plus souvent, ce temps si particulier de sa vie qu’elle venait de quitter, qu’elle avait voulu retenir dans sa mémoire pendant qu’elle le pouvait encore, lui échappait déjà ; elle sentait que son c?ur cherchait à se cramponner, mais que la fuite de l’omnibus l’emportait irrémédiablement. Elle aurait voulu apercevoir, comme un paysage qui allait dispara?tre, cet amour qu'elle venait de quitter ; mais il est si difficile d’être double, de se laisser à la fois envahir par le regret et par l’appel de l’inconnu, que bient?t l’obscurité de son esprit se fit plus épaisse, et elle cessa de lutter. Elle rabattit le volet de la petite fenêtre, et se dit qu’il valait mieux se reposer, qu’il serait encore temps de réfléchir plus tard, quand elle aurait atteint sa première correspondance. Elle se recroquevilla sur son siège, laissant le wagon la porter de plus en plus vite, loin de ses terres où elle avait si longtemps vécu et qu'elle s'était promis de ne pas laisser fuir sans lui donner un dernier adieu. Elle était incapable de penser un mot, incapable de retenir ce qu’elle perdait.
Un sifflement pénétra dans les ondes du sommeil où Pimprenelle était plongée, et n’arriva à sa conscience qu'en subissant une déviation sèche qui renversa son corps. Le décor qu'elle avait sous les yeux vola en poussière, et elle entendit une dernière fois le bruit des clapotis d’eau douce qui s'éloignaient. Elle toucha sa joue. Elle était sèche. Et pourtant elle se rappelait la sensation de l'eau froide et de l’odeur des lentilles vertes.
Elle descendit de l’omnibus comme elle y était montée, sans bagage, sans sac, sans rien qui p?t dire d’où elle venait ni où elle allait. Elle gardait en tête, avec cette précision floue des choses qu’on n’a pas choisies de retenir, les instructions que les gardes lui avaient données avant de la faire monter dans le véhicule : se rendre jusqu’à la gare, qui, lui avait-on dit, ne se trouvait pas très loin. Elle achèterait ensuite un billet avec les deux pièces qu’on lui avait laissées. Puis elle s’assiérait dans le train, et la suite, elle l’avait oubliée. Elle avait su, sans doute, mais à présent, il ne lui restait que cette impression de devoir continuer, sans bien savoir vers quoi.
La gare n’était rien de plus qu’une petite maison de pierre posée au bord de la voie ferrée. Ses tuiles rouges brillaient lourdement au soleil, et sur le milieu de la fa?ade, on avait peint en bleu le nom : ? Thymes ?. Un chien montait la garde devant l’entrée ; il aboya à l’approche de Pimprenelle, qui alla s’asseoir sur le banc voisin. Le train jaune n’était pas encore là, mais on voyait, oisif et lent, le panache de fumée qui venait de loin, et qui, réduit à ses bouffées de nuage mobile, gravissait lentement les pentes vertes. Le vent était léger et agréable, et balayait les poils dressés de ses bras. Elle fixait la machine qui approchait, fascinée : elle aimait les trains, qu’elle n’avait pourtant pris que rarement. Lorsqu’il fut assez proche, elle se leva, déclenchant aussit?t les aboiements du chien mal embouché. Elle fit un signe clair au conducteur, échangea ses deux piécettes d’argent contre un billet, puis alla s’asseoir près de la fenêtre, sur un banc de fer dont la peinture bleue s’écaillait par plaques. Il y avait une grand-mère assise devant elle, immobile, l’air absent, comme savent l’avoir les vieilles dames, pensa-t-elle. Le train roulait, les arrêts défilaient, et elle réalisait qu’elle partait pour un temps encore à définir. C’était vertigineux. Elle ne portait pas de regret, mais ce frisson d’appréhension qui accompagne toujours les commencements.
Et pourtant, ce n’était point pour le prince qu’elle avait quitté ses terres, malgré la magie de ses paroles qui avaient sonné comme un envo?tement. Non, elle était maintenant certaine que c’était par curiosité, par ce désir ardent de découvrir le vaste monde et ses objets, de voir de ses propres yeux ce qu’on ne lui avait jamais conté qu’à demi-mot. Elle n’aurait sans doute pas la même chance une seconde fois. On lui avait promis un logement, d'être nourrie, et même d'être récompensée pour ses services, elle n’avait donc pas à craindre.
Quant aux paroles du prince, affirmant qu’elle faisait partie des rares à entendre encore les étoiles, elles lui paraissaient grandement exagérées. Tous ses voisins, et même Pluton, en étaient capables. Sans doute avait-il voulu, par cet artifice, mieux la convaincre. Et elle devait l’admettre : cela avait porté. Mais au fond, ce n’étaient pas ses mots qui la guidaient désormais, c’était son propre pas et le chemin qui s’ouvrait devant elle.
Le petit train jaune, brinquebalant et sonore, s’engagea dans les hauteurs d’une large colline, et ce fut comme un enchantement : Luthérel entière se dévoilait large et fumeuse, étagée sur les pentes. Ses clochers dressés à travers la buée du feu de ses toits rouges, mêlées et bordées de vagues de zinc vert. La ligne dentelée des collines sauvages bordait ce paysage.
Une grande paix semblait tomber dans la nappe blanche de la fumée, un oubli, un charme de rêve. Pimprenelle, la tête renversée, la bouche ouverte en un demi-sourire, savourait la vue, les senteurs vagues de la caresse tiède de la ville qui venait. Les grandes étendues disparaissaient, les terrains sauvages, les trois moulins désertés, toute cette boue, tout ce pollen derrière elle se fondaient maintenant dans une vapeur nouvelle.
Elle s’engouffrait dans la ville sous ces arches en pierre dotées de centaines de petits ailerons colorés qui ballottaient au vent. Elle discernait déjà, dans la masse grouillante des rues, l’élan solennel d’une cathédrale, les frontons ciselés de théatres, les coupoles de conservatoires, les observatoires de pierres anciennes, et jusque dans les cours intérieures, les colonnes de marbre et les verrières qui brillaient comme des joyaux. La ville semblait chanter, traversée de musiques inaudibles, comme si chaque pierre, chaque balcon, chaque vitrail résonnait les voix du soleil.
Elle ne voyait plus que des lignes étroites, des perspectives fragmentées, des masses heureuses. Et le bruit s’élargissait encore, un bruit fourmillant, plein d’espérance. Bien s?r, ce n’étaient pas ses monts. Ce n'étaient pas les bois centenaires des Thymes, mais elle songea que c'était bien joli tout de même, à Luthérel.
Une sensation de malaise arracha son regard fondu dans le paysage, dans ses pensées superposées. Elle marqua un temps d'arrêt lorsqu’elle sentit le regard vilain d’un homme qui avait pris place derrière elle au dernier arrêt. Un profond trouble, subtil d’abord, lui restait dans la gorge. Le prochain arrêt devrait être le dernier se rassurait-elle. Dès l’instant où il s’assit, elle sentit son regard peser sur elle, son parfum grossir, et avec lui l’insistance muette de son intérêt. Il fallait prétendre et attendre que le conducteur annonce le terminus. Bient?t, il se pencha sur le dossier, un cigare fumant entre ses doigts. Il portait un n?ud papillon proéminent, des lunettes qui lui rappelaient les jumelles d’un chasseur, un chapeau à la mode et une belle veste co?teuse. Un homme privilégié, sans aucune manière, presque caricature de lui-même. Elle regarda sur le c?té, feignant de l’ignorer, et nota son manteau en feutre dégoulinant sur l’assise, qui lui semblait envahir toute la cabine. Elle détourna les yeux, et les fixa sur le paysage en se repla?ant légèrement de c?té malgré leurs ombres qui fusionnaient déjà sur le mur. Son odeur qui devenait matière gonflait toujours, une effluve de chambre fermée, de lit sale, de désir rance. Elle sentit l’espace rétrécir. Comme si la cabine n’était plus qu’un couloir étroit où sa propre peau frottait déjà contre la sienne.
Elle sentit ses tempes battre. En même temps que l’angoisse et la crainte de se paralyser sur place lui montait, elle espérait que l’adrénaline la sauverait. Tandis que la cendre de son cigare tombait en éclats sur ses jupes, elle glissa discrètement sa main droite dans le repli de sa tunique. Sous l’anneau de métal qui ornait son majeur, un petit ressort céda. Une lame fine comme une aiguille jaillit à peine.
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Mais lorsqu’il posa sa main sur son épaule, elle la sentit couler. Un liquide noir, une sève infecte, distillant la violence, elle sentait l’odeur de son sexe. Cette noirceur semblait sourdre de tout son corps. Elle maculait ses joues boursouflées, s’incrustait dans ses lèvres charnues, s’égouttait de sa langue grasse. Il puait sa propre avidité, cette odeur lourde et moite du désir male qui empestait.
Elle se tassa contre la vitre, serrant sa minuscule arme sortie de ses doigts, et attendait l’arrêt, comptait la distance, comme on compte les battements avant l’explosion d’une chaudière. Il lui parla, la secoua, et sa voix qu’elle n’entendait pas portait cette senteur de rut, ce souffle glacé et gorgé de vice. Elle sentait ses mains se tétaniser, dispara?tre, pourtant elle tenait toujours la lame, nichée dans son poing fermé. Le bras devra se lever, la chair devra céder.
Quand enfin le train s’arrêta, elle se leva d’un bond, avant que la panique ne la clo?tre à ce banc devenu insupportable. Mais déjà il la suivait, sa tête énorme penchée sur son visage, elle n’eut pas à réfléchir quand sa lame trancha net sa joue. Le flot noir jaillit, comme si elle avait fendu une outre infectée. Elle ne se retourna pas : déjà elle pénétrait dans la ville étrangère, noire de foule, noire comme ce sang qui semblait poursuivre ses pas.
Elle courait et bousculait jusqu'à ne plus sentir le feu et les ombres, jusqu'à ne plus en pouvoir. Il y avait tant de visages et de corps qui se mouvaient autour d’elle, tant d’immeubles si hauts qu’elle ne distinguait aucune fin à sa course. Finalement, elle ne déciderait pas de s'arrêter, ce serait son corps lui-même qui y mettrait fin. Elle parvint à ralentir et à s’appuyer contre l’angle d’une rue avant que ses jambes ne cèdent, l’abandonnant à son propre poids. Pourtant, elle ne sentit pas ses genoux heurter le sol. En relevant les yeux vers la personne qui l’avait rattrapée, elle découvrit le visage ruisselant de Vinciane.
— J’ai pensé au début que je ne te retrouverais pas dans tout ce monde, mais c’était idiot de penser que tu passerais inaper?ue ! Tu cours tellement vite, ton Sangrivière t’a bien appris.
Vinciane la maintenait fermement et scrutait déjà les alentours, cherchant un endroit où la déposer. Sa présence suffit à apaiser Pimprenelle, qui s’agrippa à son bras comme à une branche dans les eaux rapides. Elle s’effor?ait d’imaginer ses jambes, espérant percevoir au moins ses chevilles, mais ses pieds se retournaient sous son poids, à lui faire des entorses. Vinciane le remarqua et grin?a des dents avant de passer Pimprenelle sur son dos, ses jambes nouées autour de sa taille qu’elle soutenait vigoureusement.
— Ton mal ne s’est franchement pas amélioré, observa-t-elle les dents serrées, tu n’as pas mal au moins ?
— C’est qu’il y avait un porc dans le train, souffla Pimprenelle.
Mais ses pensées, éparpillées entre la honte de son corps et la confiance qu’elle pla?ait en son amie, s’écartaient de la question. Elle se sentit néanmoins en s?reté, et un grand soulagement envahit son c?ur.
— Je suis si heureuse que tu sois là, reprit-elle. Dépose-moi seulement au pied des marches, je t’en prie.
Vinciane ne répondit qu’après l’avoir déposée, sans doute parce qu’elle avait retenu son souffle tout le long du trajet. Et pourtant, elle n’avait pas paru faiblir sous le poids, ni donner signe de fatigue.
— On m’a mandée pour t’accueillir, dit-elle enfin. Tu sais que je ne serais pas venue de moi-même. Mais je me réjouis de te voir aussi… et délivrée de ce porc.
Elle était belle, Vinciane, dans cet environnement. Ses cheveux blonds coiffés de cette nouvelle fa?on se déployaient en boucles libres parsemées de fines tresses ornementées de petites pierres luisantes. Elle portait un couvre-chef souple et plat sur le dessus, qui ressemblait à un béret traditionnel ou à un chaperon d’artiste. Elle le portait légèrement incliné en avant, ce qui lui donnait un c?té raffiné et un peu insouciant. Ses yeux étaient grands et verts, comme les pierres éclatées dans ses cheveux, ainsi que celles plus grosses et audacieuses qui épousaient le creux de ses oreilles.
— Ah oui ! Tant mieux j’aurais eu du mal sans toi. Laisse-moi quelques minutes et on pourra sans doute repartir.
Pimprenelle voulait donner le change, mais sa voix sonnait creuse, et son corps las contre les marches de pierre la trahissait. Les deux Dr?les étaient assises devant la fa?ade d’une librairie ancienne, au fronton sculpté de lettres effacées par les ans, dans une large rue commer?ante où résonnaient des milliers de bruits enchevêtrés.
Vinciane secoua la tête, un sourire en coin.
— Je te connais assez pour savoir que tu ne te remettras pas dans ce vacarme. Laisse-moi te porter jusqu’à un jardin, il y en a un de l’autre c?té de la rue.
Avant que Pimprenelle n’ait le temps de protester, un ? Allez, hop ! ? vif claqua comme une injonction de mère poule. Elle se retrouva de nouveau sur ses épaules, bringuebalée à chaque pas, tandis que Vinciane fendait la foule avec une assurance qui for?ait le respect.
Elles franchirent la rue et gagnèrent le jardin clos derrière une grille forgée. L’air y était plus frais, chargé de l’odeur verte des buissons et du clapotis d’une fontaine au centre. Vinciane la posa sur un banc moussu, avant de s’installer à son tour.
— Bon… tu comptes m’expliquer ce que tu fabriques ici ? Tu crois pas que j’ai assez couru ? lui demanda Pimprenelle, un sourire dessiné sur son visage.
— Figure-toi que j’ai essayé de me tirer. Le prince m’avait servi ses niaiseries, son discours mielleux, et j’ai ri au nez de ses gardes. Résultat, ils m’ont plaquée dans un omnibus comme un sac de grain.
Pimprenelle eut un petit rire étranglé à son expression, mais son sourire se fana aussit?t. La honte monta en elle comme une fièvre, quand elle réalisa combien elle avait été na?ve et influen?able d'être venue ici d'elle-même, sans même qu’ils n’aient eu à se salir les mains. Elle se rappela la dureté qui s’était glissée sous le vernis des sourires du prince, la politesse déguisée des gardes, et le coup que Vinciane avait re?u avant qu’elle ne soit arrivée. Tout cela, elle l’avait occulté, emportée par la séduction des mots et la promesse d’un r?le qu’elle croyait grand.
Vinciane haussa les épaules, s’appuya contre le dossier du banc.
— S’ils m’ont demandé de venir te chercher, c’est pour te rendre plus docile, Pimprenelle. Ils m’ont fait jurer de ne rien dire jusqu'à ton entretien. Elle marqua une pause, ses yeux plantés dans ceux de son amie.
Pimprenelle baissa les yeux. Ses mains triturèrent les peaux mortes du bout de ses doigts sans ongles, et son souffle devint irrégulier. Elle aurait voulu répondre, mais les mots restaient coincés. Elle se sentait si pathétique à c?té de son amie, qu’elle détourna la tête, incapable de soutenir cette franchise. Vinciane reprit:
— Bah! Qu’ils gardent leurs serments et leurs belles paroles. Ma confiance est à toi et aux êtres des Thymes. ?a fait deux jours que je piétine ici. J’aurais pu dispara?tre dix fois, mais j’ai attendu. Parce que je savais que tu finirais par arriver, que tu subirais comme moi leur entretien stupide, et que peut-être tu serais assez na?ve pour leur révéler tous nos dortoirs. Elle lui lan?a un regard accusateur.
— Je ne sais pas ce qu’ils veulent de nous, leur histoire d’étoile me para?t être une fable mal ficelée. Comme tu peux le voir ici, tout le monde se porte à merveille. Ni révolution, ni manifestation, ni même un ivrogne pour crier la fin du monde. Crois moi ou non, si les étoiles se détournaient du peuple, ?a se saurait.
Pimprenelle prenait une expression étrange, la bouche arqué à l’envers.
— Quoi? Ah, ?a fait beaucoup.
— Hmm, grogna Pimprenelle.
— Tu t’en fiche, ou quoi? Et comme tu es venue seule, je suppose que personne ne t’a forcée. J’espère que t’as de bonnes raisons. Et pas juste ton fichu intérêt pour les babioles des autres races.
— Hmmm.
— Que les géantes rouges t’épargnent, Pimprenelle. Parce que je te le dis : à la première occasion, je t’abandonne à ton sort!
Un silence tomba, seulement troublée par l’eau de la fontaine et les bruits de la ville. Puis Vinciane se releva d’un bond.
— Allez, viens. On ne va pas moisir sur ce banc. Le tram nous mènera au manoir. Enfin… à la maison secondaire du prince.
— La maison secondaire ?
— Oui, dit Vinciane avec une moue ironique. La propriété de Rhode. Rien que ?a.
étonnamment Pimprenelle se releva, non sans disgrace. Peut-être que la honte l’avait piquée au point de réveiller ses jambes endormies. Elles gagnèrent ensemble le tram qui les attendait, cette lourde chenille mécanique dont les rails vibraient déjà sous le sol. Pimprenelle, cette fois, suivit sans résister. C’était ainsi que les Dr?les se liaient — dans le silence, la fierté et un reste d’ironie mal dissimulée.

